1923.... le premier exploit devant la "vierge Rouge" du Stade Toulousain.

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1923.... le premier exploit devant la "vierge Rouge" du Stade Toulousain.

Message par Wil Fer le Mer 20 Aoû - 14:44

« En mémoire de ceux qui ont fait la légende de PIQUESSARY et qui défendirent fièrement le maillot NOIR.…. »


En 1923, le Boucau Stade, qui jouait en première division (qui était composé de 30 clubs, 24 s’étant qualifiés par le biais de leurs championnats régionaux et 6 grâce à des matchs de barrages), se trouvait dans la même poule (avec Grenoble, Agen, & Bègles) que le Stade Toulousain.
Cette équipe dominait le rugby Français depuis la fin de la 1ère Guerre Mondiale.
Aussi, après avoir été finaliste en 1921 et Champion en 1922 (en restant invaincu toute la saison), elle remporta le titre de champion de France en 1923, 1924, 1926 & 1927.
On la surnommait : « La Vierge Rouge ».

Aussi, pour la 1ère fois de son histoire, une grande équipe Française, composait de nombreux internationaux (8 ce jour là), allait fouler le terrain de Piquessary.
A cette époque, Boucau et Tarnos étaient deux petites cités qui ne devaient pas dépasser 5 000 âmes. L’unique occupation de la semaine était le travail aux forges de l’Adour ou la pêche sur l’Adour.
Le BS commençait à devenir une formidable pépinière mais aucun exploit n’était à mettre au crédit de notre club si ce n’était celui de jouer au plus haut niveau.
Aussi, la seule question qui revenait sans cesse (et qui faisait le tour de la Côte Basque) était : « Combien de points le BS allait-il encaisser ? ».

Le jour de la rencontre, du sud des Landes au-delà du BAB, une foule innombrable c’était donné rendez-vous sur le plateau de Pique.
Le stade était plein comme un œuf. Certains parleront de plus de 5 000 spectateurs, soit l’équivalent du nombre d’habitants des deux communes du Boucau et de Tarnos réunies.
Les tribunes (600 places) avaient été prises d’assaut comme la clôture en bois blanc qui servait de mains courantes et qui encerclait le terrain.
Des milliers de bérets, attendaient, avec excitation, et inquiétude l’arrivée des 30 joueurs.

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En fermant les yeux on peu imaginer la scène :
Une foule compacte et bruyante, les arbres accueillant des spectateurs en quête de la meilleur vue ; De quel point de l’on soit, le stade est entouré par une gigantesque ruche bourdonnante, anxieuse, telle une arène.
Jamais Pique n’a alors connu pareil effervescence. La foule présente attend les joueurs comme le faisait le peuple de Rome pour les Gladiateurs.

Puis c’est le moment tant attendu, enfin, les vestiaires s’ouvrent.
Le 1er à sortir est l’arbitre, Monsieur Délias de Côte d’Argent.
Puis ce sont les joueurs du Stade Toulousain qui pénètrent sur la « pelouse ».

La foule gronde, émerveiller par leurs statures impressionnantes, sûr de leur force, de leur puissance, de leur invincibilité. Vêtu du maillot rouge au épaule noires, le short blanc, un à un ils suivent leur capitaine et international, François Bordes.
Devant l’assurance que dégageait cette équipe, on peut se demander ce que le Boucau Stade représentait pour ces joueurs ?
Une simple équipe de clocher rattachée à une minuscule commune ? ; Une simple étape de plus à franchir avant le titre suprême ? Car voyez-vous, les Toulousains étaient des conquérants qui ne se voyaient pas repartir de Pique sans la victoire (fut-elle facile…. Et donc sans gloire !!!).

Mais voilà qu’à nouveau la foule gronde, car les héros d’un jour, les « Forgerons de l’Adour » pénètrent sur le terrain avec leur maillot noir, leur short blanc et leurs chaussettes rouges (ce n’est que vers 1930 que le noir et blanc seront les couleurs « stabilisées et officielles » du BS).

En effet, à cette époque les équipent pénétraient sur la pelouse séparément : d’abord l’arbitre, puis l’équipe visiteuse et enfin à dix mètres d’intervalles, l’équipe locale.

Le tableau est dressé……. le match peu commencer.
Toulouse compte 3 internationaux dans sa ligne de ¾, sa paire de demie, encore jeune, le sera dans les années suivantes (1924 à 1926) ; De plus elle a 5 avant qui joue régulièrement en équipe de France.
Aussi, il ne fait aucun doute du résultat….. Le BS ne peut que perdre un match qui semble gagné, par avance, par la plus grande équipe de l’époque.

La partie s’engage. Les toulousains lancent leur ligne d’avants mais les noirs plient sans rompre. Les Boucalais avait un pack jeune et dynamique qui fait mieux que résister.
Plusieurs fois la foule croit à l’essai, mais chaque fois un maillot noir surgit pour enrayer l’action.
Les Toulousains, qui ne s’attendent pas à une telle résistance, commencent à s’énerver.
La mi-temps est sifflée sur un 0 à 0 inespéré.
Les joueurs du Boucau, toujours aussi « héroïques » commencent à faire douter un adversaire dit « invincible ».
Aussi, leurs bruyants supporters les acclament dès que retenti le coup de sifflet de l’arbitre !!!
La foule gronde de joie car ce quelle voit semble étonnant, ahurissant, inimaginable.
Comme à la Corrida, le taureau ne va-t-il pas prendre le dessus sur le matador ?????
Tel David terrassant Goliath, ne va-t-on pas assister à l’impensable ????

Très certainement épuisé mais fier de ce qu’ils viennent d’accomplir, nos Boucalais reprennent le match avec toujours autant d’allant et de volonté.
De plus, porté par la foule, ils en oublient la fatigue qui commence à les assaillirent.
Les Toulousains, haussent leur niveau de jeu, ils lancent attaques sur attaques mais rien n’y fait et surtout, rien ne passe.
Jaureguy, jeune international et prince de l’attaque, n’arrive pas à se débarrasser de l’emprise de son illustre inconnu, de vis-à-vis, du jour.
A force d’attaquer, les Toulousains commencent à s’épuiser. Telle des vagues qui se brisent sur la jetée, ils perdent de leur force et leur pression, sur le terrain, se fait moins pressante.

Or, et c’est là que la légende rejoint la réalité, 1 mois après le début de la saison, Piquessarry fut labouré, comme un champ de blé. Lorsque le temps était sec, la nature du sol était composée de sable fin (comme il y en a, au bord de la mer sur les dunes).
Aussi, les athlétiques avants Toulousains, qui sont plus habitués au belles pelouse qu’à cette composition de sol, commencent à « s’enliser » (au propre comme au figuré).
Fatiguer de courir sur un terrain qui ressemble, par endroit, plus à, une plage qu’à une véritable pelouse, ils perdent de leur force et leur engagement se fait moins sentir par nos héroïques Boucalais.

En effet, nos joueurs étaient habitués à jouer sur ce type de surface. Entre les entraînements et les matchs ils s’étaient accoutumés à ces conditions de jeu particulières. Et puis n’oublions pas que la plupart travaillaient aux forges, donc connaissaient la dureté d’un métier qui les avait bâti pour résister à la fatigue.
Aussi, il ne pouvait pas paraître surprenant de voir nos amateurs contrecarrer, sans s’effondrer physiquement, l’une des meilleur équipe de l’époque (et cela même s’il devait y avoir plus d’un écart de talent entre les joueurs du BS et ceux de Toulouse).

Mais revenons à la rencontre grâce à Monsieur Latapy René (grand supporter du BS qui réalisa de nombreux écrits sur l’histoire de notre club et sur les Forges de l’Adour). Ce dernier décrit cette fin de match en ces termes :
« Encore une attaque des Champions de France. Leur ailier international : Dournac, dernier servi, s’élance et longe la touche. Va-t-il déborder ? Non ! Paul Saldou, l’ailier du Boucau, qui n’a que 20 ans, arrive à toute vitesse. Ce garçon, à la voix fluette, est remarquablement constitué… Dournac est empoigné par le haut du maillot, au niveau des épaules… (En ce temps là il n’y avait pas de règles qui obligeait de plaquer aux jambes) … Il serre le maillot de toutes ses forces et projette Dournac contre la clôture, contre laquelle…. » Le Toulousain viendra s’écraser littéralement.
Une occasion est passée d’un côté…. Une autre se présente de l’autre.
Toujours Monsieur Latapy :
« Une mêlée à 5 mètres au milieu des poteaux Toulousains se joue. Le demi de mêlée de Boucau : Tuquet, surnommé « Coco », prend la balle, feinte et plonge dans les buts. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Lubin, 2ème ligne international de Toulouse, qui mesure 2 mètres et que la guerre a rendu borgne, saisit Tuquet, qui est tout petit et le tire violemment en arrière. L’essai de la victoire ne sera pas marqué ».
Ainsi, ce que l’on peu considérer comme le tournant du match est manqué mais la volonté, la solidarité, l’engagement et la détermination des noirs ont fait merveilles.

Les avants de Toulouse termineront péniblement la rencontre et la fin, sifflée par Monsieur Délias, fut, pour eux, plus une délivrance qu’une apothéose.

C’est alors, que la foule exulte, enjambe les barrières, envahie le terrain et porte ses joueurs en triomphe, leur faisant une haie d’honneur lorsqu’ils regagnent les vestiaires de Piquessary.
Un vent de folie s’abat sur le stade et déborde sur la ville. Dans chaque maison, dans chaque foyer on ne parle que de ces petits noirs qui ont tenu tête à l’ogre Toulousain….
Dans la presse nationale on raconte comment « la surprise de la journée vient de Boucau où les invincibles du Stade Toulousain eurent toutes les peines du monde, pour arracher le match nul aux « Forgerons de l’Adour » qui, à cette occasion se surpassèrent sur leur terrain sablonneux de PIQUESSARRY ».

Voilà une légende était née.
Les 3 ingrédients nécessaires étaient réunis pour que l’histoire s’inscrive dans les mémoires collectives :
D’abord une ville, le Boucau, qui résistant au puissants, aux « invincibles » se faisait une place, un nom, l’espace d’un instant, à côté des Bayonne, Biarritz et autres équipes connues de l’époque.
Ensuite les « Forgerons de l’Adour » qui évoquaient un métiers pénible mais si précieux à l’époque. Nous sommes là dans le Germinal de Zola et si les forges avaient remplacées les mines, la lutte des classes était plus que jamais présente.
Enfin, un « terrain », un Stade (et un nom : « Piquessary »), dont le sol sortait de l’ordinaire puisqu’il était « sablonneux » et qui était le témoin (et l’un des l’acteur) principal d’un exploit qui allait en appeler beaucoup d’autres.

LA LEGENDE est en marche…. Plus rien ne l’arrêtera.

Composition des équipes :

(Honneur aux visiteurs) Pour le Stade Toulousain :
Arrière : Saverne
¾ : A.Jaureguy (international)F.Bordes (international) (cap) – Nougal Dournac (international)
Demi de mêlée : Berges // Demi d’ouverture : Galau
3ème ligne : Larrieu – Prévost – A.Bioussa (tous 3 internationaux)
2ème ligne : Lubin-Lebrere (international) & Pepion
1ère ligne : Serres – Bayard (international) - Maury
(soulignés les joueurs présent sur la photo du Stade Toulousain)

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(Debout (de gauche à droite) : Boussa, Prevost, Pepion, Maury, Lubin-Lebrere, Serres, Larrieu, Bayard ; Assis (de gauche à droite) : Dournac, Nougal, Saverne, F.Bordes, Jaureguy, J. Bordes ; Accroupis devant : Berges & Galau ).



Le Boucau Stade et ses héros du jour :
Arrière : Gestede
¾ : A. Duclaux – J.Elichondo – Castillon – P.Saldou
Demi de mêlée : Tuquet // Demi d’ouverture : Tauzin
3ème ligne : J.Dupuy – P.Lissayou J.Forsans
2ème ligne : Domengine & J-B. Bédère (cap)
1ère ligne : M.Minvielle – Réal – Desperriez

(soulignés les joueurs présent sur la photo)

[img][/img]

Debout de gauche à droite: Félix Bergèse (président) Autesserre (dirigeant), J-B. Bédère (cap), Réal, un dirigeant, Harismendy, un dirigeant, Biarrotte (en civil), Millox, un dirigeant, Meustrure, Daramy (en civil).
A genoux de gauche à droite : Domengine, A. Duclaux, J. Forsans, Castillon, Lousse, P. Saldou,P. Lissayou.
Couché devant : Bacqué, Cassagne & Tuquet.



L'année suivante, 1924, le Boucau Stade fut champion de Côte-Basque.

[img][/img]

Debout (de gauche à droite) : Lissayou, Digude, Dupuy, François, Duhau, Gestede, Dauga, Biarrotte.
Accroupis (de gauche à droite) : Baulon, Belin, Larretche, Fort, Daudignon, Maye, Tuquet.


De l'équipe qui joua contre le Stade Toulousain, il ne reste sur la photo, que 4 joueurs (soulignés : Lissayou, Tuquet, Gestede & Dupuy) + Biarrotte (qui faisait partie du groupe mais qui ne joua pas ce match)....
... On peut en déduire que les exodes massifs, qui ont concerné les très bons joueurs du BS, ne datent pas d'aujourd'hui !!!!![u]
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Re: 1923.... le premier exploit devant la "vierge Rouge" du Stade Toulousain.

Message par Wil Fer le Mer 9 Déc - 9:23

supermerlu a écrit:Le Boucau Stade et ses héros du jour :
Arrière : Gestede
¾ : A. Duclaux – J.Elichondo – Castillon – P.Saldou
Demi de mêlée : Tuquet // Demi d’ouverture : Tauzin
3ème ligne : J.Dupuy – P.Lissayou – J.Forsans
2ème ligne : Domengine & J-B. Bédère (cap)
1ère ligne : M.Minvielle – Réal – Desperriez

A noter que les années suivantes 6 de ces joueurs sont partis jouer dans d'autres clubs.

De mémoire :
- A. Duclaux : signera à Bégles lors de son entrée aux Chemin de Fer, puis au S.A. Bordelais.
- P.Saldou : lui aussi signera à bégles où il fit une très longue carrière.
- J.Dupuy : Signera à Agen où Bédère le fit venir et avec qui il fut Champion de France en 1930 contre Quillan.
- Domengine : signera à Bayonne tout en continuant à travailler aux Forges de l'Adour.
- J-B. Bédère (cap) : Ce meneur d'Homme, penseur de rugby signa à Agen qu'il amènera au titre suprême : celui de Champion de France en 1930 et de Challenge Yves du Manoir en 1932.
- Réal : tout comme Digude, il fut appelé par Etcheberry (Boucalais lui aussi) à Vienne avec qui il fut 1/2 Finaliste du Championnat de france contre l'USAP en 1935.
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